La grande distribution veut-elle encore du lait français ?

Nous sommes nombreux à l’avoir constaté sur nos paies, le lait n’a jamais été aussi bien payé et c’est bien normal… nos charges n’ont également jamais été aussi hautes !
Sous l’impulsion du Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, les négociations commerciales ont été rouvertes le 1er avril officiellement. Mais qu’en est-il dans la réalité ?
 
Notre filière a été la seule production à avoir un réel bénéfice gain lié à EGAlim 1, mais en 2021 les seuls gains de valorisation ont été dues aux marchés exports via le prix allemand et sur les marchés industriels via le cours du Beurre/Poudre.
Aujourd’hui, il y a un enjeu majeur à prendre en compte, le revenu du producteur, une rémunération à hauteur de l’engagement afin d’éviter que trop de producteurs arrêtent l’atelier lait. Un atelier qui s’arrête ne reprend jamais, nous ne le savons que trop bien.
Cette réouverture est une opportunité unique pour l’ensemble de la transformation d’enfin intégrer dans les formules de prix 100% de l’indicateur de prix de revient publié par le Cniel pour la valorisation du PGC France. Les comptabilités de référence dans les fermes ont été clôturées fin mars et ainsi la majeure partie des augmentations de charges seront prises en compte dans l’indicateur publié à l’automne prochain. Ce pourrait être le point de départ d’un cercle vertueux pour toute la filière, un prix de revient qui intègre une rémunération digne des producteurs sur lequel est construit les prix du lait et des produits laitiers vendus aux distributeurs, qui eux-mêmes appliquent leurs marges et les taxes pour arriver aux consommateurs. C’est le schéma commercial voulu par le législateur, c’est le seul avenir possible pour une filière laitière durable capable de se renouveler.
Si la distribution veut encore du lait, elle ne doit plus considérer le lait comme un appeau pour ses clients. Elle doit en toute transparence en assurer la valeur.
Je ne peux m’adresser à vous aujourd’hui sans mentionner les discussions qui ont lieu pour la prise en compte de la transformation du Beurre/Poudre. Quand il y a un peu plus d’un an, alors qu’on avait tous les éléments scientifiques pour faire évoluer conformément aux normes internationales l’étalon cellule, il a fallu 6 mois de pleurs et de grincements de dents pour une prise en compte globale. Quelle différence de traitement ! Cette année, une entreprise a unilatéralement décidé de bouger la composition de cet indicateur. À la FNPL, on priorisera toujours le travail interprofessionnel pour que vive France Terre de Lait, c’est là le seul chemin pour être à la hauteur des enjeux de la filière. Nous appelons de nos vœux les reprises de travaux des quatre collèges du Cniel dont l’accord unanime est indispensable pour la validation d’un nouvel indicateur.
Sans unanimité, c’est le mode de calcul validé précédemment qui est en vigueur pour le mois de mars 2022 applicable au 1er mai ! Bonne fête du Travail.
Daniel Perrin
Secrétaire général de la FNPL